ARTICLES DE PRESSE VENTE DU 20 DECEMBRE

article dans le Figaro du 241117.pdf ARTICLE DU FIGARO en date du 24/11/2017

La justice autorise la vente « Aristophil » du 20 décembre – LeJournaldesArts.fr – 04 décembre 2017

Trois lots de la future vente Aristophil sans doute classés Trésor national

Demande de suspension de la vente concernant les manquements reprochés à AGUTTES:

Demande suspension contre AGUTTES VF

Lettre officielle du 4 décembre 2017

Lettre officielle du 5 décembre 2017

Lettre officielle du 8 décembre 2017

Lettre officielle du 12 décembre 2017

 

 

Vente ARISTOPHIL du 20 décembre – ARTICLES

Le Journal des Arts – n° 492 – 5 janvier 2018:

VENTES PUBLIQUES

Une première vente du fonds d’Aristophil à la peine

Le Journal des Arts – n° 492 – 5 janvier 2018

Avec 3,8 millions d’euros récoltés frais compris, soit 3 millions d’euros au marteau, la dispersion des œuvres liées à l’affaire Aristophil par l’OVV Aguttes à Drouot reste dans la fourchette de son estimation, mais « ravale » 30 % des lots.

Paris. Le 20 décembre dernier se déroulait la première session de la vente des œuvres liées au scandale Aristophil, société spécialisée dans le commerce de manuscrits et autographes, liquidée en 2015, qui aurait floué quelque 35 000 épargnants pour un préjudice avoisinant le milliard d’euros. La vente a fait salle comble. Il fallait montrer patte blanche pour y participer et de nombreux spectateurs n’ont pu y assister.La vacation, estimée au départ 11 à 15 millions d’euros, a dû revoir ses prétentions à la baisse, de 2,5 à 3,5 millions à la suite du retrait des deux lots phare. Classés « trésor national » six jours avant la vente – la ministre de la Culture a signé les arrêtés refusant les certificats d’exportation – le rouleau du marquis de Sade (est. 4 à 6 M€) et les cahiers d’André Breton (est. 4,5 à 5,50 M€)  devraient faire l’objet d’une négociation avec l’État en vue de leur acquisition de gré à gré. « L’administrateur judiciaire, Me Hotte, m’a autorisé à démarrer dès le mois de janvier 2018 une négociation avec l’État », a indiqué le commissaire-priseur Claude Aguttes en préambule de la vente. L’État dispose de trente mois durant lesquels les œuvres sont interdites de quitter le territoire pour les acquérir, probablement à l’aide d’une opération de mécénat.

La majorité des pièces sont restées dans la fourchette de leurs estimations, voire en dessous, tandis que d’autres sont sorties du lot. C’est le cas notamment de l’un des deux seuls manuscrits d’Honoré de Balzac encore en mains privées, Ursule Mirouët, acquis pour 1,1 million d’euros par le libraire Jean-Claude Vrain, lequel est par ailleurs poursuivi dans cette affaire pour avoir cautionné les estimations stratosphériques d’Aristophil du temps de sa splendeur. Autre prix conséquent, le manuscrit médiéval Histoire d’Alexandre Le Grand, vers 1480, de Quinte-Curce, richement enluminé, a été adjugé 832 000 euros au libraire Jacques Benelli (est. 300 000 à 500 000 €). Sur les 185 lots proposés à la vente, 54 n’ont pu être vendus. Ainsi, le témoignage d’une rescapée du Titanic, Helen Churchill Candee, estimé 300 000 à 400 000 euros n’a pas trouvé preneur, alors même que Jean-Claude Vrain l’avait estimé en 2012 en 2 heures sans l’avoir eu entre les mains – sur demande de Gérard Lhéritier, patron d’Aristophil – à 1,1 million d’euros. Édifiant.

« Au final, il y a eu 30 % d’invendus alors que les estimations étaient très basses, ce qui est énorme. Et que vont devenir les lots qui n’ont pas été vendus ? Ils seront remis en vente plus tard ? C’est infini », lance Frédéric Castaing, expert en autographes et manuscrits. De fait, pas moins de 130 000 pièces doivent être dispersées en tout. Il est prévu que 300 vacations se tiennent en six ans, soit cinquante ventes par an, donc environ une vente par semaine. « De la folie douce ! », commente l’expert. Mais les plus lésés restent les investisseurs, qui, du fait de la surévaluation des œuvres au moment de leur acquisition, ne devraient récupérer que 10 à 15 % de leur mise de départ. « Il y avait beaucoup de visiteurs, mais peu d’acheteurs. Je suis triste comme un jour de deuil et les résultats confirment ce que l’on pensait : la vente a été mal préparée », a commenté Alain Poncet, président de l’association de défense de consommateurs Cparti, qui avait tenté de faire suspendre la vente auprès du CVV, demande rejetée le 13 décembre. Aux dernières nouvelles, Cparti a saisi le commissaire du Gouvernement pour qu’il statue sur « toutes les infractions déontologiques que nous avons relevées », selon Alain Poncet.

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Le Figaro, 18 décembre 2017

«Trésors nationaux», les manuscrits de Sade et de Breton sont retirés de la vente Aristophil

Comme annoncé dans Le Figaro lundi, le rouleau des 120 Journées de Sodomeet les Manifestes du surréalisme ont été classés par le ministère de la Culture. Lundi soir, l’autorisation a été donnée de ne plus mettre à l’encan ces deux lots clef de la vente événement de lettres et manuscrits du 20 décembre à Drouot.

«Ce qui est en train de se passer est une honte!», s’étrangle Frédéric Chastaing, président tout juste reconduit de la Compagnie nationale des experts (CNE), dans un communiqué. L’homme a toujours dénoncé les méthodes d’Aristophil, cette société mise en liquidation judiciaire qui a laissé sur le carreau 18.000 personnes ayant investi au moins 850 millions d’euros dans près de 135.000 autographes. Mais Frédéric Chastaing était resté étonnamment discret depuisl’annonce de la première revente des œuvres, mercredi 20 décembre à Drouot.À quelques jours de cet événement auquel il n’assistera pas, le marchand parisien n’y tenait plus. Samedi, c’est un cri de colère qui sourd de l’envoi de Frédéric Castaing à la presse. «C’est une honte du point de vue de tous les propriétaires qui risquent bien d’être floués au profit de nouveaux investisseurs, ceux-là même, parfois, qui ont largement profité du système au moment de sa splendeur», enrage-t-il. Et il ajoute à sa colère le «point de vue de la collectivité et de ses représentants qui, en l’absence d’une réelle harmonisation des ventes sur la durée, devront agir dans l’urgence au risque d’abandonner de potentiels trésors nationaux.» Ce qui vient d’arriver.

Le manuscrit Ursule Mirouët de Balzac échappe au classement

L’État vient de classer les premières œuvres du fonds Aristophil. Cette information publiée dans Le Figaro de ce 18 décembre, vient d’être confirmée par le commissaire-priseur Claude Aguttes. «Le manuscrit des 120 Journées de Sodome du marquis de Sade et les Manifestes du surréalisme d’André Breton ont été classés trésors nationaux», indique-t-il. Ceci interdit leur sortie du territoire. Lundi soir, le retrait de ces lots a été autorisé par l’administrateur judiciaire, Pascal Hotte, par lettre adressée à Claude Aguttes. «Suite à l’avis émis par le collège (le comité des sages au nombre desquels figure l’ancien ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, NDLR), je vous confirme mon accord pour retirer de la vente les lots classés trésors nationaux et engager des négociations avec l’État», explique-t-il. Les pouvoirs publics disposent de trente mois pour trouver un mécène.

Le ministère de la Culture «a proposé une négociation de gré à gré pour l’acquisition de ces œuvres au prix du marché international», a précisé lundi Claude Aguttes à l’AFP. Selon nos informations, l’État paierait 8 millions d’euros pour le best-seller érotique du «divin marquis» qui était estimé 4 à 6 millions d’euros et avait été acquis pour 7 millions d’euros par Gérard Lhéritier, le fondateur d’Aristophil. Et la perte est terrible pour les Manifestes d’André Breton: l’État débourserait 5 millions d’euros pour un ensemble que les investisseurs d’Aristophil ont acheté 22 millions euros.

Juridiquement, la décision de classement du Sade pourrait être contestée. Au terme d’une improbable épopée de trente ans de querelles juridiques qui avaient conduit au maintien en Suisse de ce manuscrit volé en France, il a été acheté en 2014. L’État, via la BNF, a plusieurs fois échoué à son rapatriement. Et la puissance publique a imposé le paiement d’un droit de douane au retour de l’œuvre, comme si elle était étrangère… Trois ans plus tard à peine, il la considérerait donc à nouveau «française». Cependant les vendeurs ne devraient pas attaquer la décision du ministère de la Culture. Car, selon nos sources, l’État aurait en contrepartie renoncé à classer un troisième lot phare de la vente du 20 décembre: Ursule Mirouët, l’un des deux seuls manuscrits d’Honoré de Balzac encore en main privée, estimé 800.000 à 1,2 million d’euros.

Frédéric Castaing se désole: «J’attendais que des voix s’élèvent. Le ministère de la Culture voulait se porter partie civile mais le juge ne l’a pas voulu. Il ne s’agit pas là d’une marchandise comme les autres, mais du patrimoine écrit!». La vente organisée mercredi est la première des 300 planifiées sur six ans pour disperser le fonds Aristophil.


Le Figaro, 21 décembre 2017

 

Privée de ses cinq lots phares, classés «trésor national», la vente des biens de la liquidation et ceux des indivisions ont fait tout juste 3 millions au marteau, quatre fois moins que l’estimation annoncée.

La foule compacte jouait des coudes pour entrer mercredi salle 1-7, au premier étage de l’Hôtel Drouot à Paris. Le suspense aura duré jusqu’aux premières minutes de la vente inaugurale du fonds réuni par celui que ses milliers de victimes nomment le «Bernard Madoff des lettres et manuscrits». Nombre de personnes concernées de près ou de loin par l’affaire Aristophil, et surtout beaucoup de spectateurs, ignoraient qu’il fallait s’inscrire auprès de la maison Aguttes pour avoir une place. Un service d’ordre tenta de maîtriser la cacophonie!Dans la salle archicomble, la tension était à son maximum, nourrie ces dernières semaines par les turbulences provoquées par la vente. À l’affaire frauduleuse d’Aristophil s’est ajoutée celle d’une dispersion hautement sensible ayant provoqué un vent de fronde. Défendant plusieurs milliers d’indivisaires, l’une des cinq associations, Cparti, avait dénoncé une dispersion préparée à la va-vite, annoncée prématurément, alors que le commissaire-priseur Claude Aguttes n’avait pas encore en main l’ordonnance du tribunal de grande instance, et orchestrée, selon eux, sans transparence.

Parfum de scandale

L’inquiétude était visible sur les visages. Ceux des professionnels, venus juger de la capacité du marché à résister à une avalanche d’œuvres au pedigree entaché de scandale – ce n’est que le premier round lançant 300 ventes en six ans pour liquider plus de 130.000 pièces. Ceux aussi, et surtout, des petits épargnants, n’ayant plus d’espoir de récupérer leurs économies investies dans cette pyramide de Ponzi (8 % promis de plus-value) qui a abouti à la mise en examen de Gérard Lhéritier – pour escroquerie en bande organisée et blanchiment de fraude fiscale – et à la liquidation judiciaire de la société Aristophil en août 2015.

«Si vous ne souhaitez pas être vus, baissez la tête, pour ne pas être à la télévision ce soir, surtout si vous êtes là en douce de votre femme…»

Le commissaire-priseur Claude Aguttes

Quand Claude Aguttes monta au pupitre, la salle retint son souffle. «Malgré cet incident d’organisation, nous allons commencer, déclara le commissaire-priseur. Si vous ne souhaitez pas être vus, baissez la tête, pour ne pas être à la télévision ce soir, surtout si vous êtes là en douce de votre femme…», a-t-il lancé pour détendre l’atmosphère. Il annonça ensuite ce à quoi tout le monde s’attendait: «Le 14 décembre, Mme la ministre de la Culture a signé des arrêtés refusant les certificats d’exportation publiés au Journal officiel du 19 décembre pour les œuvres suivantes: le rouleau du Marquis de Sade, Les 120 journées de Sodome ou L’école du libertinage, le premier et le second Manifeste du surréalisme d’André Breton ainsi que le manuscrit de Poisson soluble et Poisson soluble II.» En clair, les cinq lots phares sur 190 (Me Aguttes a fait une demande tardive de certificat d’exportation) ont été retirés in extremis sur décision de l’administrateur de la liquidation Aristophil. Ils seront vendus de gré à gré. Interrogé la veille de la vente, le ministère de la Culture nous précisait qu’aucune discussion sur les valeurs de ces cinq lots n’avait été entamée. Et que les sommes de «8 millions» pour Sade et «5 millions» pour Breton avancées par le commissaire-priseur n’étaient en aucun cas celles qui pourraient être négociées avec l’État.

Salle atone

En couverture du catalogue, ce rouleau de Sade que Gérard Lhéritier avait payé 7 millions d’euros avant de le vendre en indivision pour 12,5 millions était justement censé servir de locomotive pour les autres lots, avec une estimation de 4 à 6 millions d’euros. Tout comme les 4 lots Breton proposés avec faculté de réunion pour 4,5 à 5,5 millions d’euros. En conséquence de ces retraits, la vente, estimée entre 11 et 16 millions d’euros, a vu ce chiffre chuter vertigineusement. Au final, la dispersion a totalisé 3 millions d’euros (sans les frais) et compte 54 invendus sur 185 (soit un tiers), non seulement pour les lots faisant partie de la vente judiciaire (14,4 % de frais TTC) mais aussi ceux de la vente volontaire (30 % TTC, 26,3 % pour les livres). Exit le témoignage d’une rescapée du Titanic, ravalé à 270.000 euros, mais aussi un grand nombre de pièces de moins de 15.000 euros.

La salle est restée atone jusqu’au numéro 40, où le manuscrit de présent au tsar de Russie, L’Alchimiste d’Alexandre Dumas dans sa belle reliure de velours vert, s’est envolé à 72.000 euros, prix marteau. Son acquéreur dissimulé sous son chapeau de cow-boy n’était autre que Jean-Claude Vrain, le libraire poursuivi dans l’affaire Aristophil pour avoir mis des estimations vertigineuses sur les livres de Gérard Lhéritier. C’est lui encore qui emporta à 900.000 euros, le manuscrit de Balzac, Ursule Mirouët, l’un des deux seuls en mains privées que l’État n’a pas classé «trésor national». Napoléon fit des étincelles (240.000 euros pour la lettre d’amour de Bonaparte à Joséphine) en présence de nombreux collectionneurs, Pierre-Jean Chalençon assis au deuxième rang. Dégoûtés, nombre d’épargnants sont repartis avant la fin. «Au début, ce fut un massacre pour les investisseurs, a déclaré l’avocat de l’association Cparti, Me Matthieu Sellies qui avait tenté par tous les moyens de faire suspendre la vente. Celui-ci vient de saisir la commissaire du gouvernement auprès du Conseil des ventes, autorité de régulation du secteur. Joint par téléphone, Frédéric Castaing – président de la Compagnie des experts (CNE) – qui avait poussé un cri d’alarme deux jours avant la dispersion – espère quant à lui que «Me Aguttes et son collège d’experts inexpérimentés pour faire une telle vente en tireront la leçon.»